Syrie : une génération d’enfants qui n’a connu que la guerre
Un enfant syrien sur trois a besoin d’un soutien psychologique urgent.
La chute de l’ancien gouvernement, le 8 décembre 2024, a redessiné l’avenir du pays, mais l’incertitude plane encore sur ce qui va suivre.
Pour les enfants syriens, dont beaucoup n’ont connu que la guerre, ce moment pourrait être porteur d’espoir, mais seulement si des actions urgentes sont mises en place pour répondre à leurs besoins les plus pressants, en particulier en matière de santé mentale et de bien-être.
World Vision appelle la communauté internationale à investir dans les enfants syriens, afin que leur avenir ne soit pas perdu à cause des effets à long terme du traumatisme.
Des générations entières marquées par la peur
Un récent rapport mené par plusieurs organisations, dont World Vision, dans le nord de la Syrie, révèle l’ampleur de la crise :
- Des services de santé mentale cruellement insuffisants : Les enfants souffrant de troubles de stress post-traumatique complexes et d’autres problèmes psychologiques n’ont pratiquement aucun accès aux soins spécialisés ni au soutien psychosocial.
- Un impact catastrophique sur l’éducation : La détresse psychologique nuit à l’apprentissage des enfants, mais les écoles ne disposent pas de programmes de soutien adaptés, et les enseignants ne sont pas formés pour les accompagner.
« Ce n’est pas seulement une crise : les enfants syriens ne se contentent pas de survivre, ils portent en eux des blessures émotionnelles et psychologiques profondes », déclare Emmanuel Isch, directeur de World Vision pour la Syrie. « Sans intervention urgente, nous risquons de perdre une génération entière, engloutie par le traumatisme et le désespoir. »
Malgré tout, les enfants syriens continuent de rêver. « Je rêve d’une Syrie en paix, un foyer sûr pour tous. Un endroit où chacun a sa place », confie Kareem, 15 ans, originaire d’Alep. Son espoir est celui de millions d’enfants qui aspirent à la sécurité, à l’éducation et à la guérison.
Pour beaucoup, les joies simples de l’enfance restent hors d’atteinte. Les écoles, maisons et terrains de jeu sont encore minés. Rien qu’en quelques mois, 141 personnes, dont 24 enfants, ont été tuées, et au moins 265 ont été blessées par des explosifs.
Au-delà de ces dangers, la situation des enfants syriens est critique :
- Plus de 90 % n’ont pas accès à une alimentation suffisante, les exposant à des retards de croissance et de graves problèmes de santé.
- 500 000 enfants de moins de 5 ans ont besoin d’un traitement d’urgence contre la malnutrition.
- Plus de 2 millions d’enfants sont déscolarisés, alors que 7 000 écoles ont été endommagées ou détruites. Sans accès à l’éducation, les enfants risquent davantage le travail forcé, le mariage précoce et la traite, compromettant leur avenir et leur sécurité.
L’évidence est là : investir dans l’enfance est une décision efficace et porteuse d’avenir. D’après le rapport « Putting Children First » publié par World Vision en partenariat avec Ernst & Young Australie, chaque dollar investi dans l’aide au développement pour les enfants rapporte 10 dollars. Pourtant, actuellement, seuls 5 % de l’aide au développement leur sont destinés – un manque criant qui doit être comblé de toute urgence.
« Si nous voulons bâtir un avenir meilleur pour les enfants syriens, nous devons d’abord les aider à guérir », ajoute Emmanuel Isch. « Le développement durable est impossible sans investir dans les enfants – leur bien-être n’est pas seulement une question de justice, c’est la clé pour briser le cycle de la pauvreté. Les enfants doivent être au cœur de toutes les décisions de financement et des politiques publiques, car lorsque les enfants s’épanouissent, les sociétés prospèrent. »
Comment agir pour aider les enfants syriens ?
Après 14 ans de guerre, l’enfance en Syrie est brisée, mais il est encore possible d’agir. Avec du soutien psychologique, un accès à l’éducation et des soins adaptés, ces enfants peuvent surmonter le traumatisme et retrouver l’espoir. Voici comment nous pouvons les aider.
Offrir un soutien psychologique essentiel
Les cicatrices invisibles de la guerre sont souvent les plus profondes. Des milliers d’enfants souffrent de stress post-traumatique, d’anxiété et de dépression. Pourtant, les services de santé mentale sont quasiment inexistants. Il est urgent de :
- Former les enseignants et travailleurs sociaux à la prise en charge des traumatismes.
- Créer des espaces sûrs où les enfants peuvent exprimer leurs émotions et retrouver un semblant d’enfance.
- Déployer des programmes de soutien psychologique pour leur permettre de guérir.
Lutter contre la malnutrition et l’extrême pauvreté
Quand un enfant a faim, il ne peut ni apprendre ni rêver d’un avenir meilleur. Aujourd’hui, 90 % des enfants syriens souffrent de malnutrition, et 500 000 enfants de moins de cinq ans nécessitent un traitement urgent.
- Distribuer de la nourriture et de l’eau potable dans les zones les plus touchées.
- Assurer des soins médicaux aux enfants souffrant de malnutrition sévère.
- Soutenir les familles avec des aides alimentaires et des formations pour qu’elles puissent subvenir aux besoins de leurs enfants.
Sauver l’éducation d’une génération perdue
Sans école, les enfants sont livrés à la rue, exposés aux pires dangers : travail forcé, mariage précoce, exploitation.
Aujourd’hui, plus de 2 millions d’enfants ne sont plus scolarisés et 7 000 écoles ont été détruites. Il faut :
- Réhabiliter les écoles et fournir du matériel scolaire aux enfants.
- Former et soutenir les enseignants pour un apprentissage adapté aux enfants traumatisés.
- Développer des solutions d’apprentissage à distance pour atteindre les enfants les plus isolés.
L’avenir des enfants syriens ne peut pas attendre. Avec seulement quelques euros, il est possible de leur offrir un repas, un accès à l’école ou un soutien psychologique. Chaque don, chaque action, est un pas de plus vers leur reconstruction.
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